Le NDVI, expliqué simplement.
Le NDVI (indice de végétation par différence normalisée) mesure la vigueur d'une plante à partir d'images satellite, sur une échelle de −1 à +1. Plus il est élevé, plus la végétation est dense et active. C'est l'indice le plus connu, et aussi le plus mal utilisé : il se lit en comparaison, jamais en valeur absolue.
Comment ça marche
Une plante en bonne santé absorbe la lumière rouge, dont elle se sert pour la photosynthèse, et renvoie fortement le proche infrarouge, une « couleur » que l'œil ne voit pas mais que le satellite mesure très bien. Le NDVI compare les deux :
NDVI = (infrarouge − rouge) / (infrarouge + rouge)
Le résultat est un chiffre par carré de 10 mètres de côté, mis à jour à chaque passage du satellite, tous les 5 jours. Une surface sans végétation, un sol nu, un toit, une pièce d'eau, donne une valeur basse ou négative. Un couvert dense et actif donne une valeur haute. Entre les deux, toute la gradation de ce qui pousse plus ou moins bien.
C'est ce qui rend l'indice utile : il ne demande aucun capteur au sol, aucune saisie, et il existe pour chacune de vos parcelles, y compris pour les saisons passées.
Quel indice répond à quelle question
Le NDVI n'est pas le seul indice, et ce n'est pas toujours le bon. Trois indices reviennent en agriculture de précision, et ils ne racontent pas la même chose. Le tableau ci-dessous est celui qu'on aurait aimé lire avant de commencer.
| Indice | La question à laquelle il répond | Ce qu'il mesure | Là où il est le meilleur | Sa limite |
|---|---|---|---|---|
| NDVI | Où en est la vigueur ? | La densité et l'activité du feuillage | Comparer des parcelles, repérer un décrochage, suivre la saison | Sature quand le feuillage est très dense |
| NDRE | Comment se comporte l'azote ? | Le statut azoté, via la lisière du rouge | Reste lisible en canopée dense, là où le NDVI plafonne | Moins parlant en début de saison, quand le feuillage est clairsemé |
| NDMI | Où l'eau manque-t-elle en premier ? | La teneur en eau du feuillage | Repère la contrainte hydrique avant les symptômes visibles | Se lit en tendance, pas en valeur absolue d'un jour donné |
Le plus instructif n'est pas la valeur d'un indice, mais leur désaccord. Une parcelle dont le NDVI tient alors que le NDMI décroche, c'est une vigne qui a encore du feuillage mais qui commence à manquer d'eau : vous avez encore la main. Si vous attendez que le NDVI baisse à son tour, le stress est déjà installé.
À quoi ça sert dans vos parcelles
- Comparer vos parcelles entre elles. Celles qui sont en forme, celles qui traînent. Sur un domaine de trente parcelles, c'est le classement que personne n'a le temps de faire à pied.
- Repérer les décrochages. Une parcelle dont le NDVI chute plus vite que les autres mérite une visite : stress hydrique, maladie qui s'installe, problème de sol ou de racines.
- Voir l'intérieur d'une parcelle. La carte ne s'arrête pas aux limites : elle montre l'hétérogénéité à l'intérieur, le coin qui décroche, la bande qui ne suit pas.
- Suivre la saison. La courbe annuelle raconte le débourrement, le plateau d'été, la descente d'automne. Toute anomalie de forme saute aux yeux quand on la compare aux saisons précédentes.

Comment lire une carte, sans se tromper
La première erreur est de chercher un seuil. Il n'y en a pas. Un NDVI n'a pas de sens dans l'absolu : il en prend un quand on le compare. Trois comparaisons valent la peine.
- Une parcelle contre les autres, le même jour. Même météo, même stade, même image : l'écart est réel et il désigne où aller.
- Une parcelle contre elle-même, l'an dernier. À condition de comparer au même stade de développement et non à la même date : un printemps précoce et un printemps tardif ne se superposent pas au jour près.
- Une zone contre le reste de sa parcelle. C'est la comparaison la plus fiable de toutes, parce que le cépage, le sol et la conduite y sont les mêmes.
La deuxième erreur est de tirer une conclusion d'une seule image. Un passage nuageux mal filtré, une ombre de relief en début de saison, et vous voilà à chercher un problème qui n'existe pas. Une tendance sur trois ou quatre passages vaut mieux qu'une photo.
Ses cinq limites, dites franchement
- Il sature. Au delà d'un certain niveau de feuillage, l'indice cesse de progresser : en plein été, deux parcelles très vigoureuses affichent des valeurs voisines alors qu'elles ne sont pas dans le même état. C'est là que le NDRE prend le relais.
- Le pixel est mixte. À 10 mètres de côté, un carré contient à la fois du rang et de l'inter-rang. Un enherbement vigoureux peut donc masquer une vigne qui souffre, et inversement un inter-rang travaillé peut tirer la valeur vers le bas sans que la vigne aille mal.
- Le sol pèse sur les couverts clairsemés. Sur une jeune plantation ou un verger encore peu développé, la part de sol nu dans le pixel domine la mesure. Le signal existe, mais il parle plus du sol que de l'arbre.
- Il lui faut du ciel dégagé. C'est une mesure optique : un nuage la bloque. Les passages fréquents et le relais d'un second satellite qui voit à travers les nuages limitent les trous, mais il faut savoir que la donnée brute a cette faiblesse.
- C'est un symptôme, pas un diagnostic. Le NDVI dit qu'une zone va moins bien. Il ne dit pas pourquoi. La cause se trouve au champ, ou en croisant avec la météo, le relief, le sol et l'historique de la parcelle.
Aucune de ces limites n'est rédhibitoire, mais toutes le deviennent si on lit l'indice seul. C'est précisément le travail de notre IA spécialiste Agri : croiser les trois indices, le relief, le sol et les saisons passées, pour lever l'ambiguïté et vous donner une lecture dont vous pouvez faire quelque chose.
Ce que le NDVI ne remplace pas
Ni votre œil, ni votre conseiller. Une carte de vigueur hiérarchise vos tours de plaine et vous évite de découvrir un problème trois semaines trop tard. Elle ne décide pas d'un traitement, elle ne remplace aucune observation de terrain, et la référence officielle pour les interventions reste le Bulletin de Santé du Végétal de votre région.
Pour aller plus loin
Les deux autres indices du trio : le NDRE et le statut azoté · le NDMI et l'eau dans la plante
Le cas où la lecture des indices devient décisive : notre guide complet sur le stress hydrique de la vigne →
Et pour voir ce que ça donne sur une saison entière : deux parcelles qui décrochaient, repérées avant les symptômes →
Questions fréquentes sur le NDVI
Quelle est la bonne valeur de NDVI pour une vigne ?
Il n'y a pas de « bonne » valeur absolue, et méfiez-vous de qui vous en donnerait une. Une vigne en pleine saison se situe souvent dans le haut de l'échelle, mais tout dépend du cépage, de la densité de plantation, de l'enherbement et du mode de conduite. Ce qui a du sens, c'est la comparaison : vos parcelles entre elles, et chaque parcelle avec sa propre trajectoire des saisons passées.
Le NDVI voit-il les maladies ?
Indirectement, et seulement une fois qu'elles pèsent sur la végétation. Une maladie installée fait baisser la vigueur, donc le NDVI. Mais l'indice ne dit jamais « c'est du mildiou » : il dit « cette zone décroche, allez voir ». Pour anticiper plutôt que constater, on croise le NDVI avec la météo de votre commune et les modèles de risque.
À quelle fréquence est-il mis à jour ?
Le satellite repasse tous les 5 jours. Après filtrage des images trop nuageuses, il reste plusieurs mesures exploitables par mois, largement assez pour suivre une tendance. Et quand le ciel reste bouché longtemps, un second satellite qui voit à travers les nuages prend le relais pour ne pas laisser de trou dans le suivi.
NDVI, NDRE ou NDMI : lequel me faut-il ?
Les trois, mais pas pour les mêmes questions. Le NDVI répond à « où en est la vigueur ». Le NDRE répond à « comment se comporte l'azote », et il reste lisible quand le feuillage est dense alors que le NDVI sature. Le NDMI répond à « où l'eau manque en premier ». Un suivi sérieux les lit ensemble : c'est leur désaccord qui est informatif.
Pourquoi ma parcelle affiche-t-elle un NDVI élevé alors qu'elle va mal ?
Deux causes fréquentes. La première est l'enherbement : à 10 mètres de résolution, un pixel contient à la fois le rang et l'inter-rang, donc une herbe vigoureuse peut compenser une vigne qui souffre. La seconde est la saturation : au-delà d'un certain niveau de feuillage, l'indice cesse de progresser et deux situations différentes se ressemblent. C'est exactement pour lever ces ambiguïtés qu'on ne lit jamais le NDVI seul.
Le NDVI fonctionne-t-il en verger comme en vigne ?
Oui, avec les mêmes précautions et une de plus. Un verger conduit en axe présente lui aussi une alternance rang et inter-rang. Surtout, un verger intégralement couvert de filets paragrêle renvoie un signal optique dégradé, et la carte de vigueur y perd une grande partie de son intérêt. Dites-le au moment du diagnostic, on vous dira ce que vous en tirerez vraiment.
Puis-je m'en servir pour décider d'un traitement ?
Non, et ce n'est pas son rôle. Le NDVI hiérarchise vos tours de plaine : il vous dit où aller regarder en premier. La décision de traiter reste la vôtre, avec vos observations de terrain, votre conseiller et le Bulletin de Santé du Végétal.
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